Voici, Monsieur, les éclaircissemens que vous m’avez demandé (sic) sur notre bibliothèque. Elle est composée d’environ huit mille volumes ; l’Écriture sainte, les Pères et les théologiens en font la partie la plus considérable et la plus précieuse. Les manuscrits de quelque considération qu’elle renferme sont :
Possesseur(s) : Laon, Saint-Martin, abbaye O.Praem.
Date : 22/06/1760
Répertoire(s) : -
Analyse : Pour Saint-Martin de Laon, l’essentiel de la documentation consiste dans le travail réalisé par Dom Bugniâtre sur l’histoire de Laon (I bis). Son information sur la bibliothèque de Saint-Martin repose sur une lettre (I) que lui adressa le prieur de cette maison, J.-F. Athey, lui-même bibliophile. Apparemment, Dom Bugniâtre n’a pas cherché à recouper cette lettre par d’autres témoignages. I et I bis présentent en effet le même nombre d’articles (12), dans la même succession et avec la même numérotation. En dehors d’un effort de détermination d’un auteur pour les articles 10 et 11, et d’une hypothèse touchant les raisons de la composition du poème en l’honneur de saint Laurent (article 12), les seules différences entre les deux documents consistent dans la formulation des appréciations, et dans l’omission des formats par I bis. Ces deux listes ne prétendent pas à l’exhaustivité, puisqu’elles ne répertorient que « les manuscrits de quelque considération » [les principaux, d’après I bis], au contraire de l’inventaire II, qui se présente comme un inventaire exhaustif de l’« objet le plus précieux de la bibliothèque », dressé par les commissaires révolutionnaires. Cette liste, sans numérotation, indique pour chaque article le support (papier ou vélin), le nombre de volumes, le format, éventuellement la langue (les titres en latin sont soulignés) et la date. Plusieurs des manuscrits entrés à Saint-Martin en 1785, à l’occasion de la vente d’Aguesseau commentaireCette vente eut lieu du 14 février au 2 mai 1785. Le catalogue en est consultable à la BNF, sous la cote [Δ 49106. Sur cette vente, et les acquisitions qui y furent faites par Saint-Martin de Laon, voir au tome 1 du présent ouvrage, p. 184, n. 3 et p. 188, n. 4., y sont cités. À noter que certains manuscrits, en particulier d’intérêt juridique, qui n’apparaissent pas dans le catalogue d’Aguesseau, peuvent néanmoins en provenir. Le catalogue de cette vente avertit en effet, à la p. 366 : « On vendra au commencement de chaque vacation différens livres qui ne nous ont pas paru mériter de description ».
Étant donnée la très forte concordance des listes I et I bis, ces deux documents ont été traités ensemble, les divergences — quand elles ne sont pas de pure forme — étant signalées entre crochets carrés. Une numérotation des volumes a été ajoutée dans II, pour permettre l’établissement d’une concordance avec I-I bis. Majuscules, ponctuation et accentuation ont été normalisées. Les listes se recoupant assez peu, on n’a pu donner la priorité à aucune. L’identification des textes est donc faite à mesure de leur apparition.
Liste I. Paris, BNF, Collection de Picardie 270, f. 205-206r : lettre adressée par J.-F. Athey, prieur de Saint-Martin de Laon, à dom Bugniâtre, bénédictin à Saint-Jean de Laon, sur la bibliothèque de Saint-Martin, signalant environ 8 000 volumes et 12 manuscrits ; 22/06/1760.
Liste I bis. Paris, BNF, Collection de Picardie 266 : matériaux réunis par Dom Bugniâtre pour l’histoire de Laon ; après 1760. P. 132-133 (f. 71v-72).
Source(s) : Paris, BNF, Collection de Picardie 270, f. 205 ; Paris, BNF, Collection de Picardie 266, f. 71v-72
Édition(s) : Anne Bondéelle-Souchier, Bibliothèque de l'ordre de Prémontré dans la France de l'Ancien Régime II : Édition des inventaires, Paris, 2006, p. 183-186.
Bibliographie : -
Rédaction : ABS 2006 ; mise en ligne : EL 2023
- item 1. 1o La Genèse en latin selon la Vulgate avec une glose perpétuelle et un très ample commentaire commentaireGenesis glosata (RB 11781).. 1 vol. fol. Ce manuscrit est très beau, et parait de 7 ou 800 ans d’ancienneté. [+]
Conservation :
Attestation : II/5 ?
- item 2. 2o un commentaire du diacre Florus sur les épitres de saint Paul, tiré des ouvrages de saint Augustin commentaireRB 2276-2290.. 1 vol. in fol. Du XIe ou XIIe siècle. [+]
Conservation :
Attestation : II/1 ?
- item 3. 3o le commentaire de Pierre Lombard sur toutes les épitres de saint Paul commentaireRB 6654-6668., très grand in folio du XIIIe siècle, de la conservation la plus entière. [+]
Conservation :
Attestation : II/1 ?
- item 4. 4o saint Augustin sur les psaumes commentaireCPL 283, ps. 119-150. Un manuscrit présentant le même découpage (ps. 119-150) était conservé à Cuissy dès le XIIe siècle (I/12, II/10, V/15 ? = Berlin, Staatliche Museen - Preussischer Kulturbesitz, Kupferstichkabinett, 78 D 7). depuis le 119e jusqu’au 150e, du 10e ou 11e siècle. 1 vol. in fol. [+]
Conservation :
Attestation : II/0
- item 5. {205v} 5o du même saint Augustin le traité contre le manichéen Fauste, les 22 [ou plutôt les 12] premiers livres seulement commentaireCPL 321, livres 1-22. L’ensemble du traité comprend 33 livres.. 1 vol. in fol. [+]
Conservation :
Attestation : II/0
- item 6. 6o les morales de saint Grégoire sur Job, les 22 premiers livres seulement commentaireCPL 1708 ; RB 2634, livres 1-22. L’ensemble du traité comprend 35 livres.. vol. in fol. du plus beau caractère et de la plus belle conservation. Je crois ce ms. au moins de huit cent ans d’antiquité. [+]
Conservation :
Attestation : II/3
- item 7. 7o les mêmes morales de saint Grégoire, le 30e jusqu’au 35e inclussivement commentaireCe volume appartenait probablement à une série différente de l’article précédent, d’après le nombre de livres contenus dans les articles 6 (livres 1-22) et 7 (livres 30-35), ce que confirment d’ailleurs les datations avancées., vol. in fol. bien conservé, je le crois du onzième ou douzième siècle. [+]
Conservation :
Attestation : II/4
- item 8. 8o un recueil des canons commentaire Exemplaire probablement sans titre. La désignation trop imprécise rend impossible de décider s’il s’agit du Decretum, de la Panormia, ou de la Tripartita. par Yves de Chartres, petit in folio. [+]
Conservation :
Attestation : II/0
- item 9. 9o la Généalogie des dieux de Jean Bocace commentaireLes manuscrits du texte latin de cet ouvrage sont répertoriés par V. Branca, Tradizione delle opere di Giovanni Boccaccio. I. Un primo elenco dei codici e tre studi, Roma, 1958 (Storia e letteratura 66), p. 109 sq. L’histoire du seul témoin connu de la traduction française par Jean Miélot (C. Bozzolo, Manuscrits des traductions françaises d'œuvres de Boccace, Padova, 1973 [Medioevo e Umanesimo 15], p. 36-37 et 120-121) s’oppose à ce qu’il ait séjourné à Saint-Martin de Laon., ms. du tems [de l’auteur], c’est-à-dire du 14e siècle. in folio. [+]
Conservation :
Attestation : II/0
- item 10. 10o une cronique latine qui comprend l’espace d’environ 400 ans, commençant à l’an mil et finissant à l’an 1390. elle est compilée en partie des anciennes chroniques et du miroir historial de Vincent de Beauvais. Ce ms. est du tems où il se termine commentaireE. Martène et U. Durand, t. 2, 1724, p. 48, parmi « quelques manuscrits... d’assez peu de conséquence », signalent la présence à Saint-Martin de Laon, au début du XVIIIe siècle, du « Mémorial historique en quatre volumes in folio de Jacques (sic) de Guise abbé de S. Vincent, qui vivoit vers l’an 1380 ». La Gallia christiana, t. 9, 1751, col. 583, fait de Jean de Nouelles, abbé de Saint-Vincent, l’auteur d’un « universalis historiae collectarium ab orbe condito ad sua usque tempora, quatuor magnis voluminibus, quae Lauduni apud S. Martini Praemonstratenses asservantur ». Martène et Durand ont apparemment confondu deux personnages contemporains : Jean de Noyal (ou de Nouelles, ou de Guise) abbé de Saint-Vincent de Laon, † 1396, auteur supposé d’un Miroir historial (DLF, Le Moyen Age, p. 827), et Jacques de Guise, O.F.M. au couvent de Valenciennes, † 1399, auteur des Annales historiae illustrium principum Hanoniae, en 21 livres, dont une traduction française a été faite par Jehan Wauquelin (RFHMA , t. 6, p. 116-117).. [On croit, avec quelque fondement, que c’est une partie de l’ouvrage de Jean de Guise, abbé de Saint-Vincent]. 1 vol. fol. [+]
Conservation :
Attestation : II/0
- item 11. 11o traduction, ou plutôt imitation du miroir historial de Vincent de Beauvais, avec des changemens et des augmentations. Cette cronique commence à Pépin le Bref, c’est-à-dire vers le milieu du 8e siècle et finit à l’an 1380. Elle a beaucoup de choses communes avec la cronique latine du no 10 ci-dessus commentaireNombre de volumes non précisé, le pluriel (« ces manuscrits ») faisant penser qu’il y en avait plusieurs. Le manuscrit, Paris, BNF, fr. 10138 (II/26), qui concerne les années 1223-1380 et paraît donc être le dernier élément d’une série de trois volumes, ne coïncide pas avec cet article, puisque provenant de la collection d’Aguesseau, il n’entra à Saint-Martin de Laon qu’en 1785.. [Elle contient bien des faits qui sont relatifs au plan d’histoire que s’étoit formé l’abbé de Saint-Vincent. Ces mss. peuvent être du 14e siècle]. [+]
Conservation :
Attestation : Voir II/26
- item 12. {206r} 12o la légende de saint Martin, romans en vers ; cet ouvrage paroit composé du tems de saint Louis, tems où on a le plus composé de ces sortes de poëmes, tant dans le sacré que dans le prophane. Il renferme environ 10 000 vers. Tout le mérite de cet ouvrage est d’être un ancien monument de notre langue et de notre poésie. Il n’est remarquable que par la peinture des mœurs du tems qu’il renferme. Il contient quelques traits qui en peignent admirablement toute la simplicité. Il y a beaucoup de choses relatives a notre abbaie et à notre église, ce qui me feroit çroire qu’il a été composé par quelque religieux de notre maison. Il y a dans le même volume un autre romans de saint Laurent aussi en vers [le poëte entreprit sans doute l’éloge de ce martyr à l’occasion du bras de ce saint qu’on garde dans le trésor de cette abbaye], dans le même goût et du même tems, ce qui fortifie ma conjecture sur l’auteur de ces deux poëmes commentaireIl s’agit probablement de la Légende de saint Martin par Péan Gatinel (ou Gatineau), chanoine de Saint-Martin de Tours, dont l’intégralité (vie, trépas et miracles) comporte 10 295 octosyllabes. L’unique manuscrit conservé (Paris, BNF, fr. 1043) ne peut être celui de Saint-Martin de Laon, car il faisait partie dès le XVIe siècle de la Bibliothèque de Blois. Le deuxième texte est vraisemblablement la Légende de saint Laurent, poème anglo-normand anonyme du XIIe ou XIIIe s. (P. Meyer, « Légendes hagiographiques en français. I. Légendes en vers », HLF, 33, p. 369 et 631). Aucun des deux manuscrits de la Vie de saint Laurent répertoriés dans l’édition de D. W. Russell (Anglo-Norman texts, n° 34, 1976), p. 1-4, n’est associé à une vie de saint Martin.. [+]
Conservation :
Attestation : II/12 ?
- item 13. Voila les mss. de notre bibliothèque qui méritent quelque attention. . .
F. Athey prieur de Saint-Martin
Commentaires :
1. Cette vente eut lieu du 14 février au 2 mai 1785. Le catalogue en est consultable à la BNF, sous la cote [Δ 49106. Sur cette vente, et les acquisitions qui y furent faites par Saint-Martin de Laon, voir au tome 1 du présent ouvrage, p. 184, n. 3 et p. 188, n. 4.
2. Genesis glosata (RB 11781).
3. RB 2276-2290.
4. RB 6654-6668.
5. CPL 283, ps. 119-150. Un manuscrit présentant le même découpage (ps. 119-150) était conservé à Cuissy dès le XIIe siècle (I/12, II/10, V/15 ? = Berlin, Staatliche Museen - Preussischer Kulturbesitz, Kupferstichkabinett, 78 D 7).
6. CPL 321, livres 1-22. L’ensemble du traité comprend 33 livres.
7. CPL 1708 ; RB 2634, livres 1-22. L’ensemble du traité comprend 35 livres.
8. Ce volume appartenait probablement à une série différente de l’article précédent, d’après le nombre de livres contenus dans les articles 6 (livres 1-22) et 7 (livres 30-35), ce que confirment d’ailleurs les datations avancées.
9. Exemplaire probablement sans titre. La désignation trop imprécise rend impossible de décider s’il s’agit du Decretum, de la Panormia, ou de la Tripartita.
10. Les manuscrits du texte latin de cet ouvrage sont répertoriés par V. Branca, Tradizione delle opere di Giovanni Boccaccio. I. Un primo elenco dei codici e tre studi, Roma, 1958 (Storia e letteratura 66), p. 109 sq. L’histoire du seul témoin connu de la traduction française par Jean Miélot (C. Bozzolo, Manuscrits des traductions françaises d'œuvres de Boccace, Padova, 1973 [Medioevo e Umanesimo 15], p. 36-37 et 120-121) s’oppose à ce qu’il ait séjourné à Saint-Martin de Laon.
11. E. Martène et U. Durand, t. 2, 1724, p. 48, parmi « quelques manuscrits... d’assez peu de conséquence », signalent la présence à Saint-Martin de Laon, au début du XVIIIe siècle, du « Mémorial historique en quatre volumes in folio de Jacques (sic) de Guise abbé de S. Vincent, qui vivoit vers l’an 1380 ». La Gallia christiana, t. 9, 1751, col. 583, fait de Jean de Nouelles, abbé de Saint-Vincent, l’auteur d’un « universalis historiae collectarium ab orbe condito ad sua usque tempora, quatuor magnis voluminibus, quae Lauduni apud S. Martini Praemonstratenses asservantur ». Martène et Durand ont apparemment confondu deux personnages contemporains : Jean de Noyal (ou de Nouelles, ou de Guise) abbé de Saint-Vincent de Laon, † 1396, auteur supposé d’un Miroir historial (DLF, Le Moyen Age, p. 827), et Jacques de Guise, O.F.M. au couvent de Valenciennes, † 1399, auteur des Annales historiae illustrium principum Hanoniae, en 21 livres, dont une traduction française a été faite par Jehan Wauquelin (RFHMA , t. 6, p. 116-117).
12. Nombre de volumes non précisé, le pluriel (« ces manuscrits ») faisant penser qu’il y en avait plusieurs. Le manuscrit, Paris, BNF, fr. 10138 (II/26), qui concerne les années 1223-1380 et paraît donc être le dernier élément d’une série de trois volumes, ne coïncide pas avec cet article, puisque provenant de la collection d’Aguesseau, il n’entra à Saint-Martin de Laon qu’en 1785.
13. Il s’agit probablement de la Légende de saint Martin par Péan Gatinel (ou Gatineau), chanoine de Saint-Martin de Tours, dont l’intégralité (vie, trépas et miracles) comporte 10 295 octosyllabes. L’unique manuscrit conservé (Paris, BNF, fr. 1043) ne peut être celui de Saint-Martin de Laon, car il faisait partie dès le XVIe siècle de la Bibliothèque de Blois. Le deuxième texte est vraisemblablement la Légende de saint Laurent, poème anglo-normand anonyme du XIIe ou XIIIe s. (P. Meyer, « Légendes hagiographiques en français. I. Légendes en vers », HLF, 33, p. 369 et 631). Aucun des deux manuscrits de la Vie de saint Laurent répertoriés dans l’édition de D. W. Russell (Anglo-Norman texts, n° 34, 1976), p. 1-4, n’est associé à une vie de saint Martin.